"Femme, j'écris ton nom"; tel est le titre d'un
guide d'aide à la féminisation des noms de métier, titres, grades et
fonctions dont je vous recommande vivement la lecture. Il s'agit d'une
publication de l'I.N.A.L.F. (Institut National de la Langue Française), branche
du CNRS à Nancy. Cet ouvrage est préfacé par Lionel Jospin, Premier Ministre,
ardent défenseur de la parité en politique et des droits de la femme
française dans notre société.
Déjà des publications sur l'orientation de la
féminisation des noms de métiers avaient vu le jour dans les années 90 en
Suisse, au Canada, en Belgique. L'accès des femmes à des fonctions qui leur
étaient interdites autrefois (une femme député ou préfet imaginez!) exige
qu'elles aient un titre ou un nom de métier qui leur soit propre ou sur lequel
ne plane aucune ambigüité. Autrefois, la pharmacienne était l'épouse du
pharmacien, la préfète celle du préfet, idem pour la générale, la colonelle
ou la mairesse. Il y a donc, encore maintenant, confusion entre l'épouse de
l'homme qui exerce une fonction donnée et la femme qui l'exerce elle-même.
Ambassadrice en est encore un bel exemple. De vraies querelles, de vrais "crêpages
de chignon" (dustups), souvent d'ordre idéologique, entourent cette
féminisation des noms de métiers. Jospin, dans sa préface, affirme que
"la parité a sa place dans la langue" et il "invite les
administrations à recourir aux appellations féminines pour les noms de
métiers, titres, grades et fonctions". Cette féminisation des métiers
avait déjà commencé sous l'impulsion d'une Ministre des droits de la femme,
Mme Yvette Roudy.
Comment féminise-t-on les noms de profession? Beaucoup de
noms suivent une formation traditionnelle par transformation du suffixe; ainsi
le suffixe masculin -eur se transforme en suffixes: -euse, eure, esse; la
langue hésite; on propose: une programmeuse (programmer), une chercheuse (ou
une femme chercheur), une entraîneuse (a coach; mais ambigifité–ce mot
évoque une jeune femme qui travaille dans un bar), une camionneuse (a truck
driver; là encore la connotation reste très négative, car c'est un mot
utilisé pour désigner une femme très costaude). Dans beaucoup de métiers
dits "féminins" peut subsister une connotation ironique. Certains
mots comme chauffeur (de taxi) n'ont pas trouvé de féminin; le mot chauffeuse
indique une petite chaise basse placée près d'un âtre. Seul l'article pourra
faire la différence. Docteur nous donne doctoresse, mot qui a peu
de succès. Les masculins terminés par -teur ont une forme féminine en -trice:
exemple: une rédactrice, (editor), une programmatrice, une
inspectrice, une rectrice (ou femme recteur), une compositrice, une
éditrice, une sénatrice (ou femme sénateur). Quant aux masculins
terminés par le suffixe -eur et pour lesquels il n'existe pas de verbe
correspondant on préconise l'adjonction d'un -e: une ingénieure, une proviseure,
une censeure (vice-principal), une gouverneure. Lorsqu'un nom
masculin se termine par -e, la forme féminine reste identique: une architecte,
une peintre, une vétérinaire, une psychiâtre, une
juge,
une gendarme (ironiquement: une gendarmette), la Garde des
Sceaux, une spacianaute. Des masculins terminés en -e ont
été depuis longtemps féminisés avec le suffixe -esse, qui semble
souvent dévaloriser la fonction qui s'y rapporte; une poétesse, évoque
parfois une femme farfelue; il est suggéré: une poète, une maire de
préférence à une mairesse.
Cas des dénominations composées: une déléguée
territoriale, une présidente-directrice-générale (une P.D.G.), une trésorière-payeuse-générale
(a paymaster), une première ministre, une chef-adjointe (chef reste
invariable). Chef ne risque pas de devenir chefesse, néologisme
ironique. Il faut donc s'attaquer aux problèmes d'euphonie. Quel féminin pour
sapeur-pompier? (Sapeur-pompière, sapeuse-pompière?) Les féminins en -euse
n'ont pas la cote. L'oreille semble les refuser. Pas de professeuse,
pas
de professeure non plus, alors que la profession est très féminisée.
L'obstacle à la féminisation de certains mots vient parfois des femmes elles-mêmes,
comme si un nom de métier au féminin dévalorisait celui-ci. Dans un article
paru en 1998 dans le quotidien L'Est Républicain, on lit qu'une femme,
pharmacienne elle-même, refusait l'appellation de pharmacienne, disant:
"Pharmacienne était et est encore souvent utilisé pour désigner
l'épouse du pharmacien; mes confrères femmes préfèrent conserver le nom de pharmacien".
Beaucoup de femmes en France, surtout dans le monde des affaires préfèrent
garder le nom de leur métier au masculin (par example, Directeur, Directrice
sonnant trop comme enseignante). Et pourtant, voyons ce qu'en disait en 1955
Albert DAUZAT: "La femme qui préfère le masculin au féminin accuse par là-même
un complexe d'infériorité qui contredit ses revendications légitimes.
Dérober son sexe derrière le genre adverse, c'est le trahir".
Les noms de métier empruntés à une langue étrangère
ne bougent pas au féminin: un clown = une clown; un imprésiario = une
imprésario, un judoka = une judoka ... Si le sexe est exprimé
clairement il faudra bien sfr, opérer des changements: un homme d'entretien = une
femme d'entretien, un confrère = une consoeur.
Les adjectifs, les articles, dans tout cela? On joue
encore sur des hypocrisies. Ex: Madame le Ministre, Madame le Proviseur ... ; la
tendance, grâce à nos femmes ministres, est de tout mettre au féminin.
Imaginez ce que l'on entend encore: Madame le Ministre est belle, ou pourquoi
pas, Madame le Ministre est beau ... Il existe encore beaucoup d'aberrations de
ce type. Les enfants, plus logiques disent "Ma prof de Maths" ou
"Mon prof de Maths".
Restez à l'écoute de toutes ces mutations. La poussée
professionnelle des femmes, les médias, la logique modifient les traditions.
Comme me l'écrit une auteure de ce livre dans sa dédicace: "Féminisons,
féminisons, il en restera toujours quelque chose."
Les parties du corps sont une grande source d'inspiration
pour la langue familière. Voici certaines expressions recueillies pour vous oj
celles-ci entrent en jeu. Avoir un oeil qui dit zut à l'autre, c'est
loucher; si vous vous Ltes trompé vous pourrez dire: "je me suis mis le
doigt dans l'oeil" ou "je me suis fourré le doigt dans
l'oeil jusqu'au coude". Remplissez votre assiette plus que votre
estomac ne pourra accepter et vous aurez alors les yeux plus gros que le
ventre. Par contre, si votre assiette est remplie de mets savoureux, vous
vous direz: "je vais me lécher les quatre doigts et le pouce".
D'un prétentieux, on pourra dire qu'il a les chevilles qui
enflent ou qu'il ne se mouche pas du coude. "Lever le coude",
c'est beaucoup boire. Attention alors aux lendemains qui déchantent avec une
bonne gueule de bois, ou mal aux cheveux (a hangover). Certains pères,
encore, ont la main leste: frappent leurs enfants pour un oui pour un
non. D'autres hommes ont la main baladeuse (explication adorable du
Robert:
main qui s'égare en attouchements érotiques. Un ambitieux a les dents
longues et un colérique prend facilement le mors aux dents. L'égocentrique:
"il se prend pour le nombril du monde". Quelques aspects
du corps hurnain–un menton en galoche: un menton recourbé vers
le haut comme l'extrémité d'un sabot de bois ou galoche. Une jambe peu
rnusclée expose des mollets de coq. Un nez retroussé est un nez oj
il pleut dedans ou un nez en trompette. Un cou très fort est un cou
de taureau; un cou long et gracile est un cou de cygne. Après de
longues heures passées à corriger des copies, qui n'a
pas la tête comme une pastèque?