La Vie des mots

Mots chassés

Plongeons-nous ensemble dans le vocabulaire de l’audiovisuel et de la publicité. Tous les mots nouveaux qui vont suivre, dont beaucoup sont des néologismes, ont été reconnus dans le Journal officiel du 13 novembre 1985.

La télévision à péage (pay TV): il faut compter environ 160 francs d’abonnement par mois pour chaque «bouquet» de chaînes payantes. Un animateur de radio-télévision est celui qui prépare, présente ou explique une émission (program). Un feuilleton (serial; mini-series): fait d’épisodes courts et de même durée; à ne pas confondre avec une série (series): émission sur un sujet commun ou épisode qui relate une histoire complète. Un téléfilm (a TV film). Une émission publique: émission qui se déroule en public avec ou sans participation du public (audience show). Une grille de programmation: programmation ou planification d’une chaîne. On parle de primeur ou d’exclusivité (scoop): «donner la primeur» à tel ou tel événement. Une chaîne de télévision peut user de son droit de priorité, c’est-à-dire de son droit de déplacer une émission ou de la supprimer de sa grille de programmation lorsque survient un événement important (right of preemption). D’autres droits sont mis en avant tels celui des droits d’auteur (broadcasting rights). Au terme anglais «desk» correspondent plusieurs interprétations telles: bureau, bureau des dépêches, rédaction; desk research: recherche documentaire. Un témoignage est une technique publicitaire utilisant le témoignage de clients qui vantent les vertus d’un produit, d’une marque (testimonial). Un spectacle-solo (a one-man show). Le générique d’un film (credits ou cast); casting n’a pas encore de remplaçant en français. On parle de sponsor pour la publicité; préférez commanditaire. Les calques de l’anglais ont la vie dure dans le domaine de l’audiovisuel.

Quelques termes de technique cinématographique: un fondu-enchaîné (cross-fading), un gros plan (a close-up), la nuit américaine (day for night), un plan américain (a medium close shot). Quant aux professions du cinéma, le perchiste supplante le perchman, le cadreur ou opérateur de prises de vues a du mal à prendre le pas sur le cameraman.

D’autres termes anglais ont la vie dure devant les termes nouveaux français proposés par les plus puristes: ainsi une bande vidéo promotionnel ou bande promo a du mal à se détacher de vidéo clip; que dire de télésouffleur pour un teleprompteur? Une enceinte acoustique (speaker system) comprend plusieurs baffles. Le réglage d’un récepteur est l’accord (tuning). Le caméscope (camcorder), le décodeur (decoder); quant au walkman il a eu la vie dure pendant quelques années, mais a faibli et disparu devant le baladeur. Une lecture rapide d'un support d'enregistrement est une avance rapide (fast forward) et inversement: retour rapide.

Voici une brochette de mots que nous étudierons par paires car leur apparence et leur consonnance sèment la confusion dans des esprits mal ajustés au français, dont certains sont souvent, hélas, des représentants de la presse écrite et de la radio-télévision. Ainsi notoire et notable. Le premier signifie: qui est bien connu; un fait notoire: an acknowledged fact. Notable, signifie important, digne d'être remarqué. On entend la même erreur quand il s'agit des adverbes: notoirement et notablement. On vient d'entendre aux informations: «Les bombardements ont notoirement affaibli le pays». Si le fait est notoire, pourquoi nous en parler? Il aurait fallu dire: les bombardements ont notablement affaibli le pays.

De même subornation et subordination. En cour de justice on parle de subornation de témoin (bribing or intimidation of a witness). Quant au mot subordination, il évoque la hiérarchie et l'obéissance d'un subordonné. Encore: adhésion et adhérence. On parle d'adhésion à un parti ou à un club (joining); adhérence évoque une bonne colle qui permet à deux éléments d'adhérer l'un à l'autre. Termes qui peuvent d'autant plus prêter pour nous à confusion qu'une traduction possible d'«adhésion à» serait: adherence to et pour «adhérence à»: adhesion to.

Vous ferais-je part aussi de ce lapsus malheureux entendu sur FR2 l'autre soir? On y parla d'un défilé organisé dans Paris par le parti communiste, lequel avait invité la CGT à participer. Invitation déclinée par ce syndicat. Lapsus de notre speakerine: «La manifestation aura lieu en dépit de la défécation de la CGT». Le glissement avait été rapide de défection à défécation. Autre bourde d'un journaliste: «Les vacanciers sur la Côte d'Azur ont une prédiction pour le soleil». Prédiction, prédilection,... Faudra-t-il parler des prédilections de Nostradamus? Nous terminerons avec mise à jour et mise au jour. La présentatrice de télé nous parla l'autre jour d'une mise à jour d'une momie par les archéologues égyptiens. Elle confondait bien sfr avec la mise à jour de ses comptes à la banque.

Colette Dio, Nancy, France


Used with permission of the American Association of Teachers of French, French Review, Vol. 74, No. 2 (December  2000). AATF, Mailcode 4510, Southern Illinois University, Carbondale, IL 62901-4510.